L’entrepreneur du jour : Philippe Bastid

Cet article continue la série « Questions à mon ami l’entrepreneur » (la présentation est dans l’article pointé). L’entrepreneur du jour est Philippe Bastid.

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L’entrepreneur du jour : Philippe Bastid.

philippe-bastid-aloha-h150Philippe Bastid est le créateur du blog aloha coaching. Ingénieur, financier et passionné d’entrepreneuriat et de PNL, il a participé à plusieurs créations d’entreprise avant de se lancer lui-même dans l’aventure.

Cette photo a été prise à l’île Maurice le jour où tout a basculé.

Notez bien l’air tout à la fois grave et résolu de l’entrepreneur… Un merci à Sarah-Jane d’avoir immortalisé ce moment.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours?

J’ai créé Aloha coaching en 2011. Aloha est un blog sur l’entrepreneuriat, la reconversion et le changement, basé sur la PNL, le Mind-Mapping ou le coaching financier. L’idée de départ était de créer une plateforme de coaching, d’où le nom d’Aloha qui signifie à la fois bienvenue en hawaïen, et qui représente aussi un procédé de l’Université d’Hawaï pour mettre en réseau les îles de l’archipel. Tout un programme !

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Le blog Aloha Coaching.

J’ai d’abord fais des études d’ingénieur des industries alimentaires. Ceci dit, je n’ai pas travaillé dans cette industrie comme ingénieur, mais en tant que financier.

J’étais attiré par le management d’entreprise. Mais quand on fait des études et qu’on les réussit, il est plus difficile de se remettre en question. J’ai attendu la fin de mes études pour ça. J’ai sabordé mes premiers entretiens de recrutement, puis j’ai décidé dans la foulée que je serai commercial. Ce que je considérais à l’époque comme mon plus gros challenge.

Et c’est ce que j’ai fait ! Attaché commercial en GMS pour les Laboratoires Nutricia, et également visiteur commercial en milieu médical. Et après cela, ingénieur commercial pour un groupe informatique.

Pour m’orienter vers l’administration d’entreprise, j’ai suivi en formation continue un diplôme d’études supérieures en gestion et administration à l’université de Paris X. A la sortie, je suis devenu contrôleur de gestion, puis responsable administratif et financier d’une filiale du groupe Vivendi, contrôleur de gestion central des Grands Moulins de Paris, chef de projet en business intelligence et finalement, responsable de la consolidation financière du groupe. Il était temps de faire une pause.

D’autant plus que pendant ce temps, j’ai aussi participé à quelques créations d’entreprise intéressantes, comme la conception de bornes d’informations interactives.

Quel a été le déclencheur de votre saut vers l’entrepreneuriat et votre but majeur dans cette aventure?

Il est toujours difficile de savoir l’évènement qui a été déclencheur parce que c’est souvent toute l’histoire d’une personne qui explique ses choix les plus importants.

Et cela fait très longtemps que j’ai cette envie de création qui me titille. Quand j’étais à l’université de sciences de Bordeaux, le père de mon meilleur ami, avait l’habitude de m’appeler le créateur. Il me voyait toujours avec plein d’idées de création et il me taquinait toujours en me demandant quand j’allais créer mon entreprise.

Il est vrai que j’avais « tout l’avenir devant moi »… Et j’en ai consommé une bonne part avant de me décider à entreprendre.

J’aimerais pouvoir dire que mon acte de création a été le fruit d’une démarche rationnelle qui est allé d’une étude de marché à un projet bien ficelé… Mais ce n’est pas ce qui s’est passé !

J’étais parti à l’Île Maurice et j’avais choisi une petite excursion sur l’ilot Gabriel. Sur le voilier, j’ai fais la rencontre de 3 mauriciennes charmantes et sympathiques (comme le sont souvent les mauriciens). Mais aussi bosseuses, engagées dans plusieurs activités, et avec un état d’esprit incroyablement enthousiaste. Et quelque chose s’est passé… Peut-être qu’à ce moment je me suis dis qu’on pouvait être heureux avec rien… et que je ne risquai donc pas grand-chose à essayer de faire les choses par moi-même. Quoiqu’il en soit, c’est à l’avant de ce voilier que je me suis décidé.

Mais tout cela ne serait pas arrivé si le « terrain » n’avait pas été préparé bien avant. Parce que j’avais déjà cette envie depuis longtemps… Parce que j’avais gouté à la création d’entreprise…Parce que j’avais plus jeune refusé un poste chez Microsoft au début de leur aventure française (sic). Et parce que depuis quelques temps, je prenais moins de plaisir dans mon travail…

J’étais dans une espèce de pic de plaisir et d’énergie à l’Île Maurice. Et j’ai juste sentis que c’était le moment.

Avez-vous eu des peurs qui vous ont bloqué ? Comment les avez-vous surmontées?

Mes peurs m’ont bloqué pendant une bonne partie de ma vie. Et c’est bien pourquoi j’ai décidé que cela suffisait. Je ne pense pas avoir plus peur que la plupart des gens. Mais quand ces peurs vous empêchent de faire ce que vous aimez et ce qui pourrait vous rendre heureux, il est préférable de savoir les affronter à un moment ou un autre.

Longtemps je me suis dis qu’il me fallait plus d’expérience, plus de compétence et plus d’argent pour minimiser les risques de la création.

Et c’est vrai. Mais ce sont des réflexes de manager et de gestionnaire. Puis un jour j’ai réalisé qu’être entrepreneur ne consistait pas à minimiser les risques. Mais à accepter les risques comme une partie indissociable de l’aventure. Et tant que vous travaillez sur ce qui pourrait vous faire échouer, vous ne travaillez pas sur ce qui peut vous faire réussir.

C’est un problème d’attitude. Pas de gestion. Alors finalement, mes peurs, j’ai décidé de les accepter.

Je ne savais pas précisément ce que j’allais faire, et encore moins comment ou avec quel argent. Mais je me disais que je trouverai. Je me le dit toujours et c’est pour ça que je continue !

Beaucoup d’entrepreneurs créent leur entreprise parce qu’ils n’ont pas d’autres solutions. Quand on ne vous fait pas assez confiance pour vous embaucher ou quand vous vous sentez limité dans votre job, vous êtes au pied du mur et vous êtes alors bien obligé d’affronter vos peurs.

Quels sont les principaux problèmes que vous avez rencontrés? Comment les avez-vous résolus?

En dehors des tracas administratifs, qui sont assez peu nombreux quand on crée comme moi une auto-entreprise, j’ai rencontré un certain nombre de problèmes, c’est vrai.

Le processus de création d’une entreprise passe pour moi par plusieurs étapes :

  • Les idées et le fait de savoir si l’idée est adaptée à l’entrepreneur (ou l’inverse)…
  • La création
  • Le développement commercial
  • Le management et la gestion

Les qualités nécessaires à chaque étape sont très différentes et il est illusoire de penser les avoir toutes. Dans mon cas, je sais être efficace dans la première et la dernière. Mais les deux autres étapes constituaient pour moi un véritable challenge.

Dans le passé, j’ai toujours eu des difficultés pour passer de l’idée à la réalisation du projet,  surtout si le projet s’éternise car je perdais ma motivation. Le sachant, je voulais par-dessus tout vaincre ce signe indien.

Bon, je savais que je possédais pas mal de techniques pour être productif, automatiser des tâches ou apprendre vite… Et je savais aussi que cela ne suffirait pas. Pour y arriver, il faut apprendre à gérer les cycles de motivation et d’énergie dans la durée.

C’est là dedans que j’ai le plus progressé parce que ça dépend entièrement de soi. Il faut réussir à générer de la motivation au début du projet et à l’entretenir tout au long de sa réalisation. Il faut aussi se ménager de petites victoires et de petites récompenses. Ne pas forcer ou trop faire appel à la volonté. Et savoir relancer la machine quand on a l’impression de faire du sur-place.

Tout cela peut être géré de façon méthodique et le résultat est là. Aujourd’hui, c’est un cap que j’ai franchi et que j’apprends à franchir à d’autres.

L’étape du développement commercial était mon deuxième challenge et il l’est toujours. En fait j’ai choisi le coaching, qui comme toute activité libérale nécessite de jongler entre développement commercial et exercice de l’activité. On est seul et on doit tout faire. Dans mon cas c’est un choix qui m’a permis de développer des compétences nouvelles. Mais ce n’est pas l’activité que je recommanderais pour vivre de son entreprise.

Alors c’est vrai que 3 étapes sur 4, ça ne suffit pas pour réussir son projet d’entreprise. Et j’en viens donc à une qualité que doit avoir tout entrepreneur, et que je travaille activement : savoir s’entourer.
Là aussi, l’activité de coaching, qui plus est sur le web, ne favorise pas les activités de groupe.

Encore que l’on peut faire des webinaires… Mais c’est une activité solitaire et les accompagnements sont limités dans le temps.

Aujourd’hui je travaille donc sur d’autres projets d’entreprise, avec toujours une partie sur le net, mais avec des possibilités de croissance plus importante que le coaching…

Comment entretenez-vous votre motivation et votre implication sur la durée ?

J’en ai déjà un peu parlé juste avant. J’ai commencé par me donner des objectifs qui avaient du sens pour moi. Pour lesquels j’ambitionnais davantage que le fait de gagner de l’argent sans avoir un patron. C’est bien ça aussi, mais un peu limité tout de même.

Ma motivation principale est la liberté. Pas celle qui consiste à ne rien faire (ça m’arrive) mais au contraire celle qui consiste à avoir le moins de limites possibles à ce que l’on peut faire.

Par exemple, j’ai souvent des idées. Créer une entreprise est donc l’occasion de les exploiter. Si je suis convaincu qu’elles sont bonnes, je n’ai personne d’autres à convaincre pour les essayer.

Alors des limites il y en a, bien sûr. Le temps, l’argent et les compétences se chargent de ça… Mais elles sont plus faciles à accepter.

Quand on part bien motivé, on va plus loin et on peut affronter plus d’épreuves. OK. Mais trop de difficultés ou pas assez de résultats, ça finit malgré tout par nous affecter.

Mon truc c’est de ne pas garder trop d’émotions négatives. Si je vois que ce que je fais ne marche pas, je m’arrête, je fais un break. Je cherche des idées neuves… Et quand je reviens, je tente autre chose. La persévérance c’est bien quand vous êtes convaincu d’avoir raison. Si vous n’avez aucun moyen d’être sûr, tentez simplement une autre approche.

Je considère aujourd’hui mon blog Aloha coaching comme un « laboratoire » de développement. Je change régulièrement le site. Et à peu près tout : le contenu, les titres, le slogan, les rubriques du blog, les plugins, les outils que je développe sur Excel… Je lis beaucoup et je mets en œuvre pas mal des idées que je trouve. Du coup, c’est comme avoir plusieurs projets à la suite l’un de l’autre. Un autre bon truc pour entretenir la motivation…

Quels conseils particuliers donneriez vous à un entrepreneur débutant…que vous auriez aimé vous-même avoir : organisation, efficacité?

Oh, des conseils, on n’en a toujours !

Ceux qui me viennent : parlez de vos idées et entourez-vous… mettez en place des procédures simples et efficaces pour capitaliser sur ce qui marche bien et pour le communiquer à ceux qui vous entourent… utilisez le mind-mapping pour apprendre plus vite et organiser vos idées… faites ce qui est important, pas ce que vous aimez le plus faire… Et faites en sorte que ce que vous aimez le plus corresponde à ce qui est le plus important dans votre activité…

Mais le plus crucial de tout, c’est la motivation à changer sa vie et à atteindre un but plus important dans le futur. Quelque chose qui fasse suffisamment rêver pour accepter toutes les difficultés de l’entrepreneuriat.

Entreprendre ce n’est pas seulement se créer une source de revenus indépendante. C’est une façon de vivre, une façon d’être. Avec soi et avec les autres. C’est cela que vous devriez considérer en premier selon moi.

J’ai créé cette activité qui s’appuie sur la création d’entreprise et la gestion financière. Des domaines très techniques s’il en est. Pourtant ce qui est le plus utile en accompagnement, c’est rarement la technique. C’est plutôt d’amener le coaché à dépasser ses peurs et les limites qu’il s’impose à lui-même. De lui permettre de faire des choses qu’il ne pensait pas pouvoir faire… Comme vendre ou se présenter en public. Quelque chose qui donne la trouille à plus d’un mais qui produit d’intenses satisfactions quand on les dépasse. Pour cela j’utilise la PNL et parfois la communication ericksonienne et les résultats sont pour moi toujours aussi étonnants !

Je pense qu’on échoue rarement dans les deux premières années à cause d’une carence en gestion ou en organisation. C’est plus parce qu’on n’arrive pas à se faire connaitre d’un nombre suffisamment important de gens. Il faut atteindre un certain seuil de chiffre d’affaires, variable selon les modèles économiques, pour ensuite « manager » son activité. Et si vous en arrivez là, vous aurez de toute façon gagné vos galons d’entrepreneur.

Si vous aviez un message, quel qu’il soit, à faire passer à un apprenti quel serait-il?

Un dernier message, pour la route, comme on dit ?

L’entrepreneuriat peut vous donner vos premiers cheveux blancs, vous faire travailler deux fois plus qu’en tant que salarié, et parfois pour gagner moins d’argent. Et cela risque de vous arrivez à vous aussi… Ne l’ignorez donc pas.

Vous pouvez aussi réussir quelque chose de grand, bien gagner votre vie et rencontrer des gens formidables que vous n’auriez jamais pensé côtoyer. C’est arrivé à Steve Jobs, à Larry Page et Sergey Brin, ou à Mark Zuckerberg. Bien que cette liste soit sans doute beaucoup plus courte…

Mais, et c’est vrai dans les deux cas, entreprendre est probablement la meilleure école de la vie.

Comme le chante J.J. Goldmann :
Des vies qui nous attirent,
De brûlures et de clous,
Oui mais ne pas les vivre,
C’est encore pire que tout…

Le livret numérique « Questions à mon ami l’entrepreneur »

Le recueil des interviews déjà réalisées est disponible en téléchargement gratuit.

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Arletha

Un interview vraiment très instructif sur le monde de l’auto-entreprenariat! Très souvent l’envie est là mais sauter le pas est une décision qui peut faire peur car il n’y aura aucun parachute et un déclic ou ici un exemple de réussite peut tout changer.

Reply
Philippe Bastid

Bonjour Arletha,

et merci pour votre commentaire. Je n’encouragerai pas tout le monde à sauter le pas de l’entrepreneuriat, mais si l’envie est vraiment là qu’on a un projet, il faut coute que coute arriver à tordre le cou à sa peur. On n’a qu’une vie!

Reply
tchatche@chat gratuit

Article très intéressant, merci pour tous ces conseils vraiment ça peut m’aider dans ma vie professionnelle..

Reply
    Philippe Bastid

    Bonjour tchatche,

    j’espère de tout cœur que cet interview pourra vous aider!
    Et je suis sûr que le choix de votre pseudo n’est aucun cas un signe que vous ne pourriez pas passer à l’action dès que vous le décideriez. :-)

    Reply
parteniz

Bonjour, merci pour cette interview et de faire partager votre expérience de l’entrepreunariat.
Le statut d’auto-entrepreneur est vraiment une révolution qui permet à beaucoup de gens de mettre enfin en lumière un rêve qu’ils avaient depuis longtemps dans un coin de leur tête. J’espère sincèrement que ce statut sera pérenne afin de ne pas briser des vocations naissantes

Reply
Philippe

Bonjour Parteniz,

je partage votre sentiment mais il semble que celui de la ministre de l’artisanat soit un peu différent puisqu’elle maintiendrait son projet de réforme. Je cite Libération:
« Mme Pinel a annoncé que les auto-entrepreneurs qui bénéficieraient deux années de suite de plus de 19.000 euros de chiffre d’affaires «basculeraient dans le régime classique de création d’entreprise». Ce plafond de 19.000 euros de chiffre d’affaires concerne les professions de services (artisanat et professions libérales) tandis qu’il est de 47.500 euros pour celles du commerce. » Au 1er janvier 2015 et sans rétro-activité.

Ce statut plait aux salariés qui rêvent d’entreprendre mais pas aux entrepreneurs déjà en place. Et ce projet ne semble pas satisfaire grand monde… Trop timoré pour les artisans et d’un autre coté, comment faire avec seulement 19.000 euros?

J’aimerais que le gouvernement ne mettent pas des bâtons dans les roues des futurs entrepreneurs. D’un autre coté cela milite pour un projet d’entreprise qui débouche à terme sur une activité plus consistante.

Reply
parteniz

Bonjour, je pense que la volonté de réforme part d’une bonne intention (le statut de l’AE crée une distorsion de concurrence vis à vis des artisans qui eux ont des coûts de constitution significatifs). Cependant, Mme Pinel oublie que la réforme va faire de nombreuses victimes collatérales:
– les AE eux-mêmes: beaucoup ne pourront pas se permettre d’engager tous les frais liés à la création d’entreprise: formalités de constitution, recours à un comptable, paiement de cotisations sociales etc) et disparaîtront.
– les clients des AE: les prix plus bas proposés par les AE favorisaient la consommation
Je pense qu’une mesure plus juste serait de réduire les coûts des formalités de constitution pour tout le monde, avec un tarif unique et abordable

Reply
Philippe

Alors bien sûr, les auto-entrepreneurs ne sont pas obligés de constituer une société ni même une entreprise individuelle de droit commun: il reste le statut de micro-entreprise. Associé au statut micro-social, on est finalement très proche de l’AE…
D’un autre coté si on veut « grandir », les coûts de constitution et le formalisme comptable et juridique sont la contrepartie du contrôle de la gouvernance et de l’administration.

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