Il n’y a pas de victime heureuse !

Il n’y a pas de victime heureuse! Et parfois, nous nous embourbons tout seul dans une position de victime. Souffrante mais sécurisante, freinante mais confortable, la position de victime est un rempart à la vie, un rempart à la joie. Découvrons dans cet article l’itinéraire résumé d’un parcours de victime, pour en sortir plus grand, plus libre.

Ceci est un article invité rédigé par Caroline Domanine.

Il n'y a pas de victime heureuse !

Il n’y a pas de victime heureuse !

Le site de Grégory s’appelle « deviendra Grand », hors, je vous pose une question globale :

Comment devenir grand sans accepter l’étendue des responsabilités qui en découlent ?

Depuis que je travaille sur le sujet des rapports de force, j’ai profondément compris une vérité cruelle et implacable : il n’y a pas de victime heureuse !

Quid des questions :

  • Qu’est ce qu’une victime ?
  • Pourquoi une personne se positionne en victime ?
  • Quel comportement encourage t-elle chez l’autre ?
  • Et surtout comment en sortir ?

Dans cet article, nous allons donc explorer l’itinéraire d’une victime occasionnelle ou systématique, ce choix de positionnement, et ses impacts.

1- Qu’est ce qu’une victime ?

Chacun de nous se positionne sur une échelle de responsabilité. J’aime beaucoup la métaphore de l’écharpe relationnelle de J. Salomé : il compare la relation à une écharpe, tenue de bout en bout par les 2 acteurs d’une relation : je tiens un bout, tu tiens l’autre bout. Et chacun est responsable de son coté, de ce qu’il y envoie et de ce qu’il accepte de recevoir.

Hors, souvent, pour des raisons biologiques, culturelles ou psychologiques, le rapport est déséquilibré. L’un tente de prendre la responsabilité du bout d’écharpe qui ne lui incombe pas, pour aider ou pour forcer ; et l’autre ne se sent pas capable ou n’a pas le droit d’actionner sa propre responsabilité sur son bout d’écharpe.

La victime est donc l’individu qui refuse de prendre la responsabilité qui lui incombe sur l’écharpe.

Faisons ici une distinction entre « la victime relationnelle » ( c’est pas moi, c’est l’autre) et la « victime conjoncturelle », lors d’une agression par exemple. Dans le second cas, la personne ne se positionne pas forcement (rarement?) comme une victime dans sa relation à l’autre. Souvent, elle se sent coupable de s’être faite agressée, elle endosse la responsabilité d’un crime qui n’est pas le sien.

Ici, nous ne parlons pas de cela, mais de la victime de convenance, de la victime qui oppresse et qui fait peser sur l’autre tout le poids de ses propres erreurs.

Le permis à points est un excellent exemple. Certains conducteurs respectent le code de la route et ont tout leur points, ou presque. D’autres perdent occasionnellement des points et les récupèrent d’une manière ou d’une autre. Et d’autres, enfin, enchaînent les infractions, et blâment tous sauf eux-mêmes de la situation délicate dans laquelle ils se mettent : «  Non mais franchement, limiter à 80km/h sur le périph, c’est pas normal ! Le système est pourri ! C’est un impôt déguisé ! C’est dégueulasse ! »

Dans cet exemple, la question n’est pas : «  Est-ce bien ou mal d’enfreindre les règles du code de la route ? » mais « Lorsque j’ai enfreint ces règles, et que je me fais prendre, qui en est responsable ? »

Pour la victime, le responsable, c’est le policier qui la verbalise, c’est le système qui est mal fait, c’est l’autre conducteur, le passager, le client qui l’attend, le patron qui le stress… C’est toute la Terre entière sauf elle !

Dans notre culture judéo-chrétienne, nous avons appris qu’une victime est faible et, si l’on est une personne respectable et honorable, nous avons le devoir d’être compatissant envers les individus les plus faibles. Quelqu’un de « bien » doit être empathique et compréhensif.

Mais il ne faut pas tout confondre : une victime n’est pas forcement un être affaibli. La grande majorité des victimes choisissent ce positionnement par convenance ou par flegme. Car c’est bien pratique et elles ne sont pas fondamentalement plus faibles que la moyenne.

2- Pourquoi ? Quel est son bénéfice ?

Le triangle de Karpman nous montre que nous pouvons nous positionner de 3 manières sur l’échelle de responsabilité : victime, sauveur, bourreau.

Le triangle de Karpman.

Le triangle de Karpman.

Le rôle de la victime est souvent bien moins innocent qu’il n’y paraît. La victime existe parce qu’elle nous inspire la pitié et elle se sent pleinement exister par notre culpabilité ou par notre assistanat.

La victime, malgré la violence dont elle peut parfois souffrir, choisit de se positionner ainsi car elle refuse de prendre sa propre responsabilité dans ses choix ou dans ses relations.

Elle se déresponsabilise totalement de son mal-être et y trouve un confort certain. Le bénéfice immédiat et à court terme de la victime est de se faire plaindre, d’attendrir et d’attirer l’attention.

C’est de cette manière qu’elle existe et qu’elle prend sa place dans le regard de l’autre !

Outre l’aide qu’elle reçoit des sauveurs, elle trouve une certaine jouissance dans sa relation avec le bourreau qui lui confirme qu’elle est à sa vraie place.

Le processus est extrêmement pervers, et nous pouvons tous nous y reconnaître, car nous sommes tous des victimes plus ou moins occasionnelles. Le triangle de Karpman nous montre en effet que c’est un jeu de chaises musicales, nous alternons les rôles, et nous sommes tous tantôt victimes, tantôt sauveurs, tantôt bourreaux.

Lorsque nous choisissons la position de la victime, souvent, l’autre ne va pas rester neutre, et va choisir, à son tour, un des rôles restant.

La victime, outre son coté rédempteur , présente aussi l’avantage non négligeable de l’absence de culpabilité : « C’est pas de ma faute ! » La fuite de responsabilité est donc automatiquement une fuite de culpabilité et de honte d’avoir mal fait.

3- Quel comportement encourage t-elle chez l’autre ?

Face à une victime, nous avons 3 choix, pas un de plus, pas un de moins ! Ensuite, il y a tout un dégradé dans le positionnement que nous prenons, évidemment, mais il n’y a que 3 dynamiques centrales.

1- Sauveur

Mon pauvre, c’est vraiment pas de chance ! Je peux t’aider ?

Le sauveur se valorise de la détresse de la victime. Il soigne son ego en volant au secours de la brebis égarée.

Le sauveur est compréhensif, compatissant, et en agissant de la sorte, lui aussi se donne pleinement l’impression d’exister car la victime a besoin de lui.

Les nuances sont infinies, cela peut aller du simple « Bonjour, ça va mieux? » la tête penchée et les yeux doux, implorant un « Non, ça va pas, tu sais pas ce qu’il m’arrive ? »… jusqu’à des extrêmes de Saint Bernardittude !

2- Bourreau

 T’es vraiment nul ! Regarde comme les autres sont meilleurs que toi !

Le bourreau utilise la victime pour passer sa frustration et pour déverser sa hargne et sa colère. Ici, on aurait tendance a penser que la victime est gentille et le bourreau méchant ; ce qui n’est absolument pas la réalité .

Prenons encore un exemple …

Je rentre du travail, j’ai eu une journée difficile, et le repas préparé par ma femme n’est pas très bon. Je goûte, et je lui dis tout ce que je pense de son rôtis carbonisé : je passe ma frustration, et si ma femme se positionne comme une victime, je vais probablement en abuser. D’un autre coté, si ma femme refuse d’être une victime, elle va me répondre :

Écoute, j’ai raté le dîner, cela arrive, je comprend bien que tu as passé une mauvaise journée, si tu veux, nous pouvons en discuter mais je ne suis pas ton punching ball

Devant un tel discours, 99 % des bourreaux changeront immédiatement d’attitude.

3- Le refus de rentrer dans le jeu

La réaction la plus saine et la plus porteuse face à une victime est sans aucun doute le refus de rentrer dans ce jeu. C’est ce que nous allons voir tout de suite :

4- Comment sortir du rôle de victime ?

Je suis dans le rôle de victime

Faites le point sur vos attentes et vos besoins. Pourquoi attendez vous de l’autre qu’il vous infantilise ou vous maltraite ?

Prenez confiance en vous, vous êtes le seul à avoir le pouvoir de vous rendre heureux, aucun sauveur, ni aucun bourreau ne pourra combler vos besoins.

Vous pouvez avoir parfois besoin d’aide, cela nous arrive à tous, dans ce cas, exprimez clairement vos attentes. N’ayez pas honte, tout le monde a parfois besoin de soutien. Prenez en conscience, et positionnez vous en personne autonome qui va spontanément vers l’autre pour demander de l’aide.

Vous êtes face à une victime

Ayez conscience que la personne n’est pas une victime dans l’absolu, mais qu’elle a choisi ce positionnement.

Recentrez la sur son besoin, son problème présent et sa capacité à le résoudre par elle-même. Lui venir en aide sans qu’elle l’ait clairement demandé renforce son statut de victime et ancre un peu plus ce comportement, qui ne lui sera pas salutaire.

5- Pourquoi en sortir ?

C’est parfois lourd et compliqué d’être responsable de nos actes. Cela peut générer de la culpabilité, de la honte ou de la peine, c’est un fait que je ne remets pas en cause. Je ne suis pas en train de vous vendre l’idée que la responsabilité et l’autonomie vous rendront tous les jours heureux et épanoui. Ce serait un mensonge.

Se positionner en victime vous protège de bien des sensations désagréables. Le problème, c’est qu’elle vous protège aussi de la joie, de la fierté et de l’accomplissement.

Cela me fait penser à une phrase, entendue je ne sais plus où : «  A force de vouloir qu’il ne m’arrive rien il risque de fort de ne rien m’arriver ! » C’est un peu alambiqué, j’en ai conscience, et pourtant c’est l’idée.

En refusant le coté désagréable de la responsabilité, je refuse aussi tout ce qu’elle apporte de grand et de bon vis à vis de moi-même et de mes projets et vis à vis des autres.

Mon titre est « Il n’y a pas de victime heureuse ! » Nous y voilà, comment avoir certains moments de bonheur si nous refusons de prendre le risque d’aller les chercher ?

La question reste ouverte !

A bientôt !

À propos de l’auteur : Caroline DOMANINE

caroline_domanineCaroline est une sorte d’ovni, où qu’elle aille. Ancien entrepreneur dans l’énergie solaire (voici une interview faite d’elle il y a 2 ans) , elle est aujourd’hui trader en compte propre. Passionnée de psychologie et de philosophie, elle développe depuis lors une activité de coach de trader et les aidant à mieux gérer l’aspect émotionnel du trading.

Aujourd’hui, elle a trouver un nouveau terrain de jeu : les rapports de force entre les hommes.

[box size= »large » style= »rounded »]Grande première sur ce blog, cet article est disponible en format audio. Ce n’est pas ma douce voix que vous entendrez, mais celle de Caroline. Merci à elle pour ce supplément offert à mon blog :-) Vous pouvez l’écouter directement depuis cette page ou le télécharger pour l’écouter plus tard.
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Paul

Bonjour Caroline, et Grégory

Merci pour cet article. Effectivement nous sommes tous responsable de nos actes. Pour moi la liberté est indisociable de la responsabilité contrairement à la sécurité.

Nous vivons de plus en plus avec des gens qui fuit la responsabilité et passe leur temps à ce plaindre. Ils mettent leur avenir dans les mains de l’état « Maman ».

J’aime beaucoup votre article je retrouve certain thème du transurfing, je me trompe ?

Encore merci. Je vais être encore plus vigilant et arreter de me plaindre :).

Paul

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